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Une brève histoire d’Aphex Twin dans le mix

Voilà quelques années déjà que Richard D. James, AKA Aphex Twin joue devant un public. Il est tellement iconoclaste que ses sets sont des événements à eux tout seuls. C’est d’autant plus flagrant qu’une bonne partie ont désormais lieu en festival – comme au Coachella 2019, où il apparaissait en seconde position des têtes d’affiche.

On peut désormais le qualifier d’institution. Son album de 2014 Syro, alors son premier en 8 ans, lui a valu le Grammy du Meilleur Album Électronique, une récompense largement méritée. Presque tous les producteurs de musique électronique qui l’ont suivi l’ont cité comme influence. Et naturellement, les sets en son hommage sont légion sur la toile.

Ce n’est pas surprenant : sous ses alias variés, James a repoussé les limites de la musique de club dans toutes les directions. Cela comprend ses différentes visions – dont il a uploadé quelques 269 sur SoundCloud sous diverses identités depuis janvier 2015, peu après la sortie de Syro. On trouve le cache entier sur les archives d’Internet – cherchez un peu ‘user18081971’ (sa date d’anniversaire) – mais les deux premiers sets qui explorent cette mine de créativité vous mettront dans le bain.

Le producteur norvégien EOD, qui a sorti deux de ses premières sorties sur le label d’Aphex, Rephlex, a un goût prononcé pour les sorties les plus rythmiques de James. Son savoureux set Best of Aphex Twin’s SoundCloud Dump réalisé pour Crack Magazine regorge de pépites dancefloor souterraines, même si le beat part parfois en vrille. Quand le DJ de San Francisco Carlos Souffront a utilisé les mêmes morceaux sur son Bunker Podcast 98 (Juin 2015), la différence ne réside pas simplement dans la longueur – le set de Souffront est deux fois plus long que celui de EOD – mais davantage dans le fait que son focus est moins sur le groove, néanmoins toujours présent, que sur la présentation de ses élucubrations sonores les plus tordues ; et le résultat est hypnotisant.

Cela-dit, c’est une chose que d’entendre même un très bon DJ assemblé le catalogue de James, c’en est une autre que d’écouter Aphex Twin les passer aux platines. La raison : ses sets marquent les âges ; car en dépit du caractère atemporel tant convoité de ses morceaux, ce qu’il joue est toujours le reflet de son époque. L’autre particularité des sets d’Aphex, c’est le volume qui a été enregistré par son public. C’est le cas avec son Live at Limelight NYC Mid 1990s(uploadé en janvier 2019), capturé sur cassette. En dépit de sa provenance incertaine, il est relativement écoutable ; la qualité aléatoire ne fait qu’ajouter à son aura. Sa tracklist illustre complètement l’année 1993 (bien que le titre ‘Word To The Wise’ de Dave Clarke n’est sorti qu’en 1994, il est probable qu’Aphex Twin en ait eu une promo). Des titres classiques de Phuture, LFO, Green Velvet et Cylob jouent des coudes avec ses propres remix de Meat Beat Manifesto et Mescalinum United. Le mélange est une débandade sonore de bout en bout.

C’est environ un an plus tard que j’ai pu voir Aphex derrière les platines, en avril 1994 sous une tente enfumée dans un camping en pleine campagne dans le Wisconsin, à l’apogée du tout premier Furthur Festival, qui se produit encore tous les ans.

Et je dois bien l’admettre : je suis allé me coucher dix minutes après le début de son set – ça faisait trois jours que je n’avais pas dormi, complètement sobre et je ne tenais plus debout. J’ai bien dû rater là le set le plus fou d’un weekend complètement barré. La tracklist est similaire à celle du set de Limelight, on y retrouve par exemple le ‘Quoth’ de Polygon Window, dont il n’a pressé que deux copies.

À l’ère du live stream, il est presque impossible d’imaginer James accepter des offres de back to back. Mais à la fin des années 1990 et au début des années 2000, il s’associait régulièrement à Luke Vibert derrière les platines. Le set le plus partagé de cette époque reste leur set pour la radio KNDD 107.7 FM enregistré à Seattle en septembre 2017. Une balade au fil de ses acquisitions récentes, dont quelques excavations dans les prémisses de la musique électronique signées Tod Dockstader, les fameuses sessions Tornados de Joe Meek, ainsi que des titres du New York du début des années 80, du Tom Tom Club et Liquid Liquid, dont le dernier venait de ressortir son catalogue aux États-Unis sur le label des Beasties Boys, Grand Royal.

La phase « headliner de festival » de la carrière d’Aphex Twin a commencé il y a quelques années déjà ; son apparition au festival texan Day For Night en décembre 2016 est bien la preuve. Enregistré par un festivalier puis uploadé sur YouTube, le set s’est répandu sur la toile comme une traînée de poudre. James y mixe quelques 50 tracks en deux heures – le flow est saccadé, mais ses revirements sont irrésistibles et l’ensemble monte progressivement en vitesse et en intensité, en finissant sur du gabber. On y retrouve huit de ses morceaux, dont deux de user18081971. Les quatre tracks de Jlin sont aussi remarquables, et Gary, un producteur de footwork psychédélique d’Indiana, y est brillant. On peut y voir comme un passage de flambeau : les titres de Jlin regorge d’une créativité pure et d’un dynamisme qu’on avait rarement vus à l’œuvre depuis ceux… d’Aphex Twin.

Michelangelo Matos contribue régulièrement à Mixmag, suivez-le sur Twitter.

Initialement paru sur mixmag.net. Traduit de l’Anglais par Marie Dapoigny.

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